Journal de Paul-Marie Coûteaux
Une certaine Idée de la France et du monde

La vertigineuse addition des délires du système des partis, de l'égotisme de notre bocal politique où se sont perdus, hélas, ceux qui ont tour à tour prétendu relever le drapeau, d'une longue suite de gouvernements nuls, de l'incurie de dirigeants qui n'ont de responsables que le nom et, par-dessus tout, de l'oubli par notre peuple de tout souci de lui-même, a créé autour de nous une situation certes douloureuse mais que la France a souvent connue : le chaos. Nous voici près de ce que Bainville appelait la "récurrente anarchie française", dont nous n'apercevons encore que les premiers prodromes. Ce n'est pas une raison pour croire que la France se meure. Qui connaît l'Histoire sait qu'elle en a vu d'autres, et que l'essentiel est toujours, et en dépit de tout, de faire vivre une idée de la France, et à travers elle une idée de la diversité et de la beauté du monde. Cette idée resurgira tôt ou tard : il suffit de la garder au coeur, de distinguer ce qui meurt et ce qui vit, de voir, de comprendre, de protéger la langue, et d'écrire. Voici la suite d'un journal que je tiens depuis 1992, dont j'ai déjà fait paraître des extraits dans un ouvrage, "Un petit séjour en France", ainsi que divers blogues-notes, "For intérieur" puis "Une certaine Idée"...

jeudi 2 février 2017

Paul-Marie Coûteaux : « François Fillon doit lire Gramsci »

La droite française, déstabilisée à la première bourrasque alors qu'elle se veut, à juste titre, majoritaire dans le pays, devrait réfléchir à sa fragilité. Elle semble ne pas comprendre le moment historique, ni même savoir ce qu'elle est dans ce moment, au point que, incapable de faire bloc, elle se laisse manœuvrer par toutes les opérations de l'adversaire. Pourtant, la théorie gramscienne du «bloc historique», qu'on cite sans cesse mais en ne l'effleurant que du bout de l'aile, et sous son acception la plus lapidaire (l'idée que la pensée précède le combat politique - «Au fond des victoires d'Alexandre, on trouve toujours Aristote» comme disait de Gaulle) donnerait de fameuses clefs, si du moins on se donnait la peine de l'étudier de plus près.





Le théoricien italien observait que les générations constituaient à tour de rôle des «blocs historiques» soudant l'ensemble d'une société autour de paradigmes communs - subversifs d'abord, puis peu à peu dominants, avant de se faner et décliner. Ces ensembles idéologiques sont d'abord élaborés par les «intellectuels centraux» (écrivains, universitaires, autorités morales qui, par des livres ou des revues, «donnent les mots») avant de faire peu à peu système et «d'infuser» par degrés l'ensemble de la population: les intellectuels de seconde ligne (professeurs, instituteurs, journalistes…), puis les dirigeants politiques, les hauts-fonctionnaires et les magistrats, les chefs d'entreprise, les professions libérales, et, par degrés, l'ensemble d'un peuple ainsi soudé autour de «points de communion». S'est de la sorte constitué, dans les années 70 (en France, les dates majeures sont 1968, 1974 et 1981), un bloc historique progressiste, fait de cette gauche particulière que Chevènement nomma «gauche américaine», celle qui tient que la «modernité» a toujours raison et le passé toujours tort, et qui croit même que l'on peut tout changer, peuples, hommes, femmes, institutions etc. -voir son slogan de 1974, «Tout est possible». 





En quelques années, une jeune escouade de «déconstructeurs» (de la langue, des codes et, surtout, du socle politique classique - Etat, nation, civilisation), donna mots et paradigmes à la vaste ruche des professions intellectuelles ; ils finirent par devenir omniprésents à l'université, dans l'édition, puis dans les médias, parmi les cléricatures et les magistratures, et même chez les grands patrons, lesquels trouvèrent grand intérêt au fameux «jouir sans entrave» qui fut le passeport du consumérisme à outrance, comme le «sans frontiérisme» festif fut celui du libre-échange généralisé. La doxamoderniste conquit finalement l'immense majorité des politiques, y compris de la dite «droite» - celle-ci finit même par accepter de se lire dans une typologie extérieure, et très contestable, celle de René Rémond dont deux des trois branches l'orléanisme et le bonapartisme sont en fait des centrismes... La droite perdit ainsi jusqu'à son nom, ce légitimisme ou, pour mieux dire, ce classicisme politique qui ne sut jamais actualiser ses paradigmes et mots de passe, ni conséquemment se rassembler, et qui, divisée, se laissa exclure du débat public. 
Vers le grand renversement
Une génération intellectuelle domine en général une trentaine d'années -telle la génération précédente, que l'on peut dire «de la reconstruction», qui fut dominante entre 1944 et 1970, déclinante ensuite. Celle qui prit tous les pouvoirs dans les années 70 et 80 devrait donc disparaître depuis quelques années. Certes, elle s'épuise: le Non de 2005 prit à angle droit la pensée unique - les oligarques se revanchant vite à Lisbonne. Plusieurs de ses bastions se lézardent: il n'est un secret pour personne que la presse de gauche vit sous perfusion d'argent public, tandis que celle de droite progresse. L'éclatante réussite de la Manif Pour Tous, celle du Puy du Fou exhumant l'archaïque national (est archaïque non ce qui est vieux et passé, mais au contraire ce qui fonde et ne passe pas), les succès de librairie de Patrick Buisson, Philippe de Villiers ou Eric Zemmour sont autant de signes ; par dessus tout, on voit peu à peu ressurgir une droite classique (Patrick Buisson parla de «révolution conservatrice») dont la manifestation fut la victoire aux «primaires» de François Fillon, le catholique qui refuse Babel, ne croit pas que les arbres montent au ciel ni que l'on puisse dépenser sans limite, qui entend restaurer les frontières, l'Europe des nations, les enseignements classiques -on pourrait dire un «identitaire», comme le fut de Gaulle.





Hélas, si le grand reversement idéologique est différé, et si la victoire politique est conséquemment si difficile, c'est que la droite française, qui n'a soutenu nul écrivain, nulle revue, nul grand média capable de jouer le rôle décisif que joua par exemple, dans la génération précédente le Nouvel Observateur, a négligé un travail intellectuel qu'elle ne regarde encore qu'avec un profond mépris -ou non moins profonde paresse. Significative fut la mésaventure d'une revue lancée en 1998 par Philippe Séguin, Une certaine Idée, que j'eus l'honneur de diriger aux cotés de Jean de Boishue, et qui releva le gant du «débat d'idées» jusqu'à ce que, dès sa création, l'UMP la fasse disparaitre au profit d'une Fondation, la FondaPol, confiée à… un homme de gauche. 





On comprend la violence des jours que nous vivons, qui sont peut-être ceux de la crise maximale: le bloc UMPS disparaît (qui peut encore assimiler Hamon et Fillon?), la droite, en son cœur légitimiste, menace directement, et au moment crucial des présidentielles, un bloc soixante-huitard attardé qui jette ses dernières forces de ses derniers bastions et cela sans préparation idéologique sérieuse, de sorte que, comme on voit hélas, elle se débande assez vite - à commencer par les parlementaires «républicains» qui révèlent à cette occasion combien la presse de gauche a prise sur eux, et si profondément qu'ils utilisent le vocabulaire même de leur adversaire. Pendant ce temps, la complicité entre puissances d'argent, médias et magistrature joue encore à fond: un article le mercredi, une audition le vendredi, un mauvais sondage le dimanche, une perquisition le lundi puis vient le pilonnage médiatique, certes disproportionné (les problèmes qui font sous nos yeux disparaître la France comme nation, comme Etat et comme civilisation sont sans rapport de gravité avec la façon dont le candidat a utilisé son enveloppe parlementaire) mais capable de faire vaciller le favori, issu pour la première fois depuis longtemps d'une droite assumée - mais si mal préparée au combat idéologico-judiciaro-médiatique qu'elle n'a pour arme qu'internet, ou des manifestations de rue. Bref: les mains nues. 





C'est pour cela que M. Fillon doit tenir coûte que coûte ; et qu'il faut toutes affaires cessantes reconstruire une droite idéologique, à commencer par reformuler les paradigmes du classicisme français qui permettront de réunir ses composantes et de conquérir les places décisives, à l'université, dans l'édition, dans les médias et la haute fonction publique sans lesquelles il n'est pas de légitimité forte, donc par de puissance de gouvernement. Au passage, souhaitons que la droite étourdie, du coup la plus bête du monde, sache enfin sortir du piège de Mitterrand qui depuis trente ans la coupe en deux, et jouer des porosités avec le FN. Si, alors que la relève est pourtant là, et que les jeunes plumes ne manquent pas, nous échouons à opérer ce grand renversement qui est dans le rythme même de l'Histoire, il est possible qu'une autre relève, un modernisme plus violent encore (tel le trans-humanisme) prenne sa place, et nous partons alors vers une «civilisation» qui n'aura rien à voir avec ce que nous appelons encore la France. Pendant ce temps la gauche perdure alors que toute sa matrice est disqualifiée, tirant encore de fameuses salves sur une droite sans leviers ni relais et plongée dans l'hébétude. Il est donc temps de lire Gramsci, puis, comme disait Boutang, de «reprendre le Pouvoir» -de le reprendre réellement, et de l'exercer.

dimanche 12 juin 2016

Radio Courtoisie : Lettre ouverte de Paul-Marie Coûteaux à Henry de Lesquen

Paul-Marie Coûteaux

à Henry de Lesquen

Président du CA de Radio Courtoisie

                                                                                      Jeudi 9 juin 2016
Henry,

Rien ne va plus pour moi (et je crois bien d’autres) à Radio Courtoisie ; dans un esprit de franchise, je tiens à en récapituler les raisons en une lettre ouverte que je ne rendrai publique que dimanche soir pour ne pas interférer avec une journée importante pour notre antenne.

Pour commencer par ma situation personnelle, je proteste contre la censure caractérisée que j’ai subie mardi dernier 7 juin, à 20h54, tandis que je m’apprêtais, mon « libre journal » s’achevant, à conclure en disant, en termes mesurés, que je souhaitais une clarification de la situation créée par votre candidature à l’élection présidentielle, et les positions très personnelles que vous adoptez dans ce cadre : comme je vous l’ai dit à deux reprises, ce fait suppose qu’une nette distinction soit faite, au moins le temps de la campagne, entre la radio et vous-même. Je déplore le comportement extrêmement agressif qu’eut alors le technicien prénommé Franck, que j’avais pourtant prévenu. Cette censure fut d’une grossièreté aussi inadmissible vis à vis des auditeurs (beaucoup m’ont demandé « ce qui était arrivé ») que de mes invités, tous sidérés. Quant à moi, je connaissais les raisons…

Cette occurrence ne fait que refléter le climat délétère qui règne à Radio Courtoisie depuis plusieurs semaines, et qui se traduira dans les jours prochains, après une première démission enregistrée la semaine dernière, par la publication d’un appel à votre démission émanent d’une dizaine de producteurs. Comme je vous l’ai dit au téléphone récemment, les propos que vous tenez dans le cadre de votre campagne ne pouvaient pas ne pas rejaillir sur notre radio : d’abord parce que vous l’établissez vous-même en vous présentant sur votre site de campagne comme « Président de Radio Courtoisie » –ce qui ombre la réponse que vous me fîtes en m’assurant qu’il n’y aurait aucun lien entre les deux. Ensuite parce que l’image que vous donnez est un tel régal pour nos adversaires, qu’ils ne peuvent se priver d’assimiler ad libitum vos positions et « la radio de toutes les droites ».

La situation ainsi créée n’est pas pour moi tolérable, pour deux raisons, l’une de principe, l’autre de politique, que je tiens à exposer.

D’abord il ne m’est pas possible, en tant que catholique comme en tant que Français, de m’exprimer plus longtemps sur une radio que préside un homme qui excipe du fait qu’une personne âgée soit encore en vie pour émettre des doutes sur la réalité des mauvais traitements qu’elle a subie dans son enfance, d’autant que ces mauvais traitements sont avérés par des milliers de témoignages et documents, et qu’ils sont un drame pour l’humanité entière –et l’humanité même de l’Homme. Il ne s’agit pas ici de respect de la loi, mais plus simplement de décence. Encore, n’en suis-je même pas à invoquer la courtoisie, valeur française qui embellirait notre radio, si du moins son président la respectait. De même, je ne peux admettre, ni même comprendre que vous exposiez sur votre site de campagne (où, je le répète, vous vous présentez comme notre président) les moyens « scientifiques » de reconnaître les races humaines d’après les types de crânes, allant jusqu’à mettre en ligne des planches datant des pires années du délire racialiste –de gauche, en plus ! Je passe sur votre idée d’interdire ce que vous appelez « la musique nègre » sur les radios publiques (alors que j’ai diffusé plusieurs morceaux de jazz dans mes propres émissions, sans que, à l’époque, vous ayez trouvé à y redire), et autres idées récentes (détruire la Tour Eiffel, comme si la France n’avait rien de plus urgent à faire !), idées qui oscillent entre le baroque et l’incongru. Comment admettre que quiconque entend se distinguer de ces vaticinations se trouve censuré ? A cela s’ajoutent vos insultes à l’endroit de personnes qui participent à mes émissions, tel Alain de Benoist : il évident que ce dernier n’accepte plus de répondre à nos invitations, mais c’est aussi le cas d’un nombre croissant d’autres invités, de sorte qu’il est à craindre qu’il n’y ait plus désormais qu’un nombre restreint de personnalités pour accepter de s’exprimer sur nos ondes. De ce fait, Radio Courtoisie non seulement ne pourra plus agir pour « l’union des droites » (au contraire vous creusez de nouveaux fossés ! ), mais notre antenne ne sera plus l’apanage que d’un cercle limité d’extrémistes –en gros les quelques centaines de lecteurs de Rivarol, journal qui ne fait plus que faire sourire, ou pleurer, et avec lequel je ne puis comprendre que vous vous affichiez.

C’est ici ma deuxième raison, plus politique, mais tout aussi majeure : votre comportement est pain béni pour tous nos adversaires, qu’il s’agisse du système médiatique, des droites modérées gangrénées par la « pensée unique » et, bien entendu, de toutes les gauches, y compris celui que vous nommez le « funeste Philippot », lequel jubile -autant que tous nos adversaires. Quel bonheur vous leur donnez ! Cependant, ces élémentaires maladresses politiques vous regardent, entrant sans doute dans une stratégie de campagne visant à réunir les voix les plus extrémistes ; mais, ce faisant, vous pulvérisez la vocation de la radio telle que l’a voulue Jean Ferré, l’union des droites, qui se trouve être aussi mon combat permanent depuis des années. De plus, selon la technique de l’amalgame, évidemment honteuse mais commode, vous affaiblissez, par assimilation avec vos positions, l’ensemble des raisonnements et idées que nous exprimons. Ne voyez-vous pas, par exemple, quelle bénédiction représente pour les fanatiques de l’immigration clandestine et massive les propos que vous tenez au nom de ce que vous nommez « le racisme positif », et quel aliment vous donnez à la propagande des pires ennemis de la France ? Enfin, non seulement vous fragilisez nos idées, la vocation de la radio, et la radio elle-même (sur le cas de laquelle, indépendamment des poursuites juridiques actuellement instruites contre vous, se penche déjà le CSA) mais vous compromettez aussi les producteurs d’émissions, ainsi que leurs invités, et tout homme de droite qui se risquerait à accepter nos invitations –y compris les élus auxquels sera tôt ou tard opposée leur participation à une radio dirigée par un calculateur du diamètre des crânes. Vous rendez-vous compte ?

Je crois pour finir, que justement, vous ne vous rendez plus compte, et je me demande en mon for intérieur, vous ayant connu tout autre, quelle mouche vous a soudain piqué, quelle fatigue a érodé vos sens, quel désespoir a foudroyé votre raison. J’éprouve une vive peine à cet instant, pour vous même, qui fîtes tant pour reprendre notre antenne après la brutale disparition de Jean Ferré, pour vos proches aussi, et pour tous ceux qui sont pris aujourd’hui dans une situation qu’ils jugent inextricable. Elle ne l’est pas tout à fait cependant, et serait résolue si vous preniez la décision de vous consacrer à votre campagne électorale et de quitter la présidence de Radio Courtoisie, que vous dirigez depuis dix ans –nous sommes tous conscients de la difficulté de cette mission, quand partout n’est donnée la parole qu’à ceux qui pensent comme tout le monde, et n’ont plus pour raison d’être, dirait-on, que de pourfendre les différentes formes de résistance qu’incarnent nos producteurs, chacun à sa manière et dont il serait plus nécessaire que jamais, justement, qu’ils puissent garder la parole… Au reste, chacun sait, ou sent, qu’une équipe de qualité, et aguerrie, notamment parmi vos plus proches, est capable de remplacer du jour au lendemain votre présidence tant contestée, et donc de sauver notre radio. Nous croyons en la nécessité de Radio Courtoisie, en sa pérennité aussi, et croyons également que, ce que les Britanniques pourraient dans quelques jours réussir, la reconquête de leur souveraineté, pourrait l’être aussi par les Français, si du moins cette grande cause n’était pas confondue avec d’autres qui n’ont rien à voir avec elle mais peuvent la détruire irrémédiablement.

Sûr que vous savez que j’agis ici sans animosité mais en conscience, après tant et tant de combats que j’ai menés, notamment sur nos ondes, moins sûr que vous me suivrez, mais certain que les propos ici tenus reflètent la pensée et souvent l’inquiétude d’un très grand nombre de personnes, quand bien même n’osent-elles se manifester, je vous prie de retrouver l’esprit qui a conduit Jean Ferré à vous confier l’ouvre de sa vie, en même temps que le seul courage qui compte, celui que nous donnons tous au salut exclusif de la France.


Paul-Marie Coûteaux

lundi 8 décembre 2014

Jeudi 4 décembre deux mi quatorze ; sur la vie d'hiver à Mirebeau ; sur le conflit de stratégie qui éclate au Front national.

À Paris, derechef depuis hier au soir... Comme d'habitude, écrire est ici  nettement plus difficile, et je n'ai rien de plus pressé que de rentrer à Mirebeau, où la vie est, l'hiver, plus close, plus solitaire est plus douce. Grand hâte de retrouver les levers matinaux, la lampe qu'il faut allumer à neuf heures quand je m'installe à ma table, la grisaille tranquille des jours, le silence des chats – deux à présent, car j'ai finalement décidé d'adopter la petite chatte de gouttière qui, depuis l'été, venait de plus en plus souvent faire des frais à M. Pelléas, s'était d'abord installée dans le jardin et passait par la chatière de la buanderie pour partager sa pitance dès que la voie était libre, puis finalement s'est installée dans la maison, d'abord en se cachant, puis s'enhardissant peu à peu jusqu'à se laisser caresser, après quoi l'adoption était inévitable... Et retrouver les feux de cheminée allumés à l'heure du thé, avant de refermer les volets et d'éclairer de pièce en pièce la grande maison calfeutrée, les courses à la nuit tombée sur la place du village humide et sombre, les dîners en musique et les lectures commencées de bonne heure. À Paris, je ne parviens pas à respecter si bien mes rites – et même pas du tout...

Du coup, j'ai pris du retard dans ce journal, au point de sauter toute une semaine – pourtant riche en évènements, ne serait-ce que le Congrès du Front national samedimanche dernier à Lyon. J'avais, par un petit article envoyé vendredi dernier au site « Boulervard Voltaire », anticipé l'apparition, ou la confirmation, manifeste lors de ce congrès d'un conflit de stratégie entre celle de sa nièce Marion, qui incarne une ligne droitière qui n'est pas pour me déplaire et sa tante, inspirée par Florian Philippot consistant à capter tous les mécontentements du pays en une ligne « droite-gauche » qui vire au gauchisme populiste version PCF des grandes heures. Je transcris ici ce papier de circonstance, pour lui-même d'abord, ensuite parce que les réactions qu'il a suscitées (155 !) me poussent à écrire une réponse que j'enverrai demain : 

« En refusant tout alliance, MLP maintient son parti hors d'un système qui ne demande pas mieux...

            À l'heure où s'ouvre le congrès du FN, un sondage révèle que 64 % des sympathisants FN sont favorables à des alliances avec l'UMP, au moins aux régionales. La netteté de ce chiffre jette un doute sur la légitimité interne de la stratégie « zéro alliance » choisie par la présidente et son grand inspirateur Florian Philippot.

            Cette stratégie est simple, ou sommaire : UMP et PS faisant la même politique (prémisse contestable), il faut récuser toute alliance avec l'un quelconque de ses membres, miser sur une symétrique démobilisation des électeurs UMP et PS-PC, recueillir tous les mécontents à la fois et atteindre 50 % seul, puis gouverner avec les seules forces du parti : restons purs ! Cette stratégie entre facilement dans les têtes : dénoncer l'UMPS et par là l'ensemble de la classe politique fait d'autant plus recette que celle-ci la mérite, tandis qu'une double déconsidération frappe Nicolas Sarkozy et François Hollande. Les élections européennes ne l'ont-elle pas montré ?

            Oublions qu'une participation de 40 % situe les 25 % des listes FN à 10 % des inscrits... La stratégie « zéro alliance » que M. Philippot habille de gaullisme est de toutes façons démente et suicidaire. D'abord de Gaulle, s'il n'a jamais résumé la France à la droite ou à la gauche, ni jugé que l'on puisse gouverner sans faire appel à l'ensemble des Français, a toujours été opposé, en 46 comme en 58, en 65 comme en 68, à la gauche – en 65, il eut bien besoin du CNI... Surtout, faire des voix et gouverner n'est pas la même chose : seul gouverner compte, sauf à jouer à la politique comme on joue ou foute ou plutôt comme on en blablate au café. Or, le moment où tout se joue, le second tour des présidentielles, rend nécessaires des alliances : gagne celui qui rassemble son camp. Refuser toute alliance c'est sous couvert de se démarquer de la droite, retomber dans les ornières du boulangisme, du poujadisme ou de la Marche sur Rome, qui reprirent toujours le vieux « ni droite ni gauche ». C'est surtout s'empêcher de remporter l'élection cardinale et d'exercer le pouvoir – à moins de le prendre par la force puis de confondre l'État et le Parti – confusion encore plus catastrophique quand le parti est dépourvu de culture d'État.

            J'ai connu assez de membres ou sympathisants du FN ces dernières années pour savoir que la stratégie de la Présidente n'y est guère majoritaire. Ils suivent, certes, devant les succès électoraux et l'autorité d'une direction qui éjecte quiconque ne la suit pas – dans le mur. Mais gare à 2017 : si Marine Le Pen ne se ravise pas et donc ne gagne pas, elle portera la lourde responsabilité d'avoir maintenu son parti hors d'un Système qui, au vrai, ne demande que cela. Combien plus menaçante serait pour lui une vaste union des droites, majoritaire dans le pays et capable de gouverner ! En refusant toute alliance, en perpétuant le piège de Mitterrand, en marginalisant la part la plus subversive de l'électorat, Le Pen permet au Système de dormir sur ses deux oreilles – bien gardé par les sectaires des deux bords, les uns ne voulant pas entendre parler d'UMP, et les autres de FN. Comme je préfère les sympathisants aux militants toujours si purs – et si durs d'oreille... »

jeudi 4 décembre 2014

Mercredi 3 décembre deux mil quatorze ; visites et donc Paris, toujours, où la vie est tant dissipée, mais point désagréable...

Le nouveau maire de Grenoble vient de faire ce que tout maire attaché à sa ville, je veux dire à la beauté ou le simple agrément de sa ville ou de son village, devrait faire d'urgence, interdire les panneaux publicitaires. J'ai fait lundi soir un touitte sur le sujet – vérifiant avec satisfaction que les touittes portant sur l'environnement sont les plus souvent repris : bueno !  Mais j'ai trouvé hier un communiqué de l'In-nocence qui en dit plus long et que Maître Camus, que je viens de féliciter par téléphone, tourne toujours à merveille ; du coup, je le recopie ici, en fidèle de l'In-nocence.

Communiqué n° 1777, lundi 24 novembre 2014

Sur le bannissement de la publicité à Grenoble

Le parti de l’In-nocence salue avec la plus totale approbation et même avec enthousiasme la décision de la ville de Grenoble de bannir de ses rues la publicité. Pareille mesure est parfaitement conforme à son propre programme, qui, bien entendu, porte également et a fortiori sur les accès des villes et les routes de campagne. Au demeurant il ne se préoccupe pas seulement de la publicité mais de la signalétique en général, qui selon lui doit être considérablement réduite, ainsi que le permettent à présent les moyens modernes de communication, d’information et de géolocalisation.


Le parti de l’In-nocence, dans cette perspective, espère que la ville de Grenoble n’a pas l’intention d’allouer à la communication municipale ou autre, et moins encore à l’endoctrinement idéologique ou à l’exaltation vertueuse du vivre-ensemble (comme dans les malheureuses églises...) les espaces reconquis sur la publicité. À cet égard il juge regrettable que le dit « manque à gagner » entraîné par la sage mesure prise doive être compensé par des réductions sur les frais de représentation et de protocole, deux domaines qui lui sont également chers et qui doivent selon lui être préservés, au même titre que l’espace public vierge de propagande d’une espèce ou d’une autre.