Journal de Paul-Marie Coûteaux
Une certaine Idée de la France et du monde

La vertigineuse addition des délires du système des partis, de l'égotisme de notre bocal politique où se sont perdus, hélas, ceux qui ont tour à tour prétendu relever le drapeau, d'une longue suite de gouvernements nuls, de l'incurie de dirigeants qui n'ont de responsables que le nom et, par-dessus tout, de l'oubli par notre peuple de tout souci de lui-même, a créé autour de nous une situation certes douloureuse mais que la France a souvent connue : le chaos. Nous voici près de ce que Bainville appelait la "récurrente anarchie française", dont nous n'apercevons encore que les premiers prodromes. Ce n'est pas une raison pour croire que la France se meure. Qui connaît l'Histoire sait qu'elle en a vu d'autres, et que l'essentiel est toujours, et en dépit de tout, de faire vivre une idée de la France, et à travers elle une idée de la diversité et de la beauté du monde. Cette idée resurgira tôt ou tard : il suffit de la garder au coeur, de distinguer ce qui meurt et ce qui vit, de voir, de comprendre, de protéger la langue, et d'écrire. Voici la suite d'un journal que je tiens depuis 1992, dont j'ai déjà fait paraître des extraits dans un ouvrage, "Un petit séjour en France", ainsi que divers blogues-notes, "For intérieur" puis "Une certaine Idée"...

vendredi 14 février 2014

Journal de campagne à Paris (janvier - mars 2014)


Mardi 11 février 2014. – Entendu tout à l'heure dans le métro une femme aux traits tirés, d'un âge incertain, et curieusement indéterminable, dire à une autre femme qui affichait une tout aussi mauvaise mine : « Le dimanche, je passe mon après-midi à dormir » ; et l'autre, aussitôt : « Moi aussi ! Le plus fatigant, c'est les transports ! Deux heures et demi... ». Que de choses, dans cette confession blafarde ! D'abord, que les Français sont de plus en plus fatigués – cette fatigue se lit sur les visages, il s'y aperçoit souvent la marque des médicaments, sédatifs et somnifères dont nous sommes, à ce que l'on dit, les plus grands consommateurs de la planète. Ensuite, la vie d'une bonne part des franciliens est grignotée par les transports, qu'il s'agisse des métros et RER ou des automobiles et leurs embouteillages. En certaines heures, la densité dans les couloirs, quais et wagons est insupportable – et dangereuse. L'autre jour, il m'a fallu attendre que passent deux métros avant de conquérir de haute lutte une place dans une boîte de sardines… Enfin, que soixante années de conquêtes sociales n'y changent rien, le vieux « métro-boulot-dodo » poursuit ses ravages.

     La vérité est que la surpopulation de Paris et de la région parisienne est hors de contrôle (il y a plus d’habitants en Ile-de-France que dans toute la Belgique, la densité de Paris intra-muros est de 25 000 habitants au km2, soit la plus élevée des capitales d'Europe), et que la fort utile politique d'aménagement du territoire, lancée au début de la Ve République a été complètement abandonnée en rase campagne, c'est le cas de le dire. Oubli de toute identité, une fois encore : celle de Paris, et celle de la France.

   D'abord, il y a une identité de Paris, ville politique, administrative, artistique, littéraire, patrimoniale et touristique, qui n'a pas nécessairement vocation à être une métropole économique, de surcroît la principale en France – ce que pourraient être aussi bien Lyon, Lille ou Marseille, Nancy ou Metz, Bordeaux ou Toulouse, Tours et Nantes, Rennes et Rouen...

      De même, il y a une identité de la France, pays rural dont le territoire est de loin le plus étendu d'Europe, et dont la merveilleuse diaprure des campagnes, des contrées et des paysages est depuis des lunes l'une des plus sûres richesse – richesse que le TGV, internet et l'explosion des moyens de communication permettraient de réveiller, moyennant une simple politique d'équilibre, et de ruralité  - ce que voulait être le défunt Aménagement du Territoire, dont plus personne ne se soucie.

     Au lieu de quoi, la démagogie s'emparant de tout, les programmes municipaux invoquent régulièrement la nécessité de maintenir ou, pire, d'attirer les habitants dans une région surpeuplée, par exemple par la construction de logements sociaux, supplémentaires – jusqu'au plus pur absurde : 63 % des habitants de Paris (qui ne sont pas toujours des Parisiens...) sont éligibles au logement social ! La raison voudrait que l'on décourage les provinciaux (sans parler des étrangers qui, fortunées ou misérables, sont bien trop nombreux), s'installer à Paris – et  que l'on décourage même un bon nombre des franciliens de rester en Ile-de -France. La France est vaste...

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