Journal de Paul-Marie Coûteaux
Une certaine Idée de la France et du monde

La vertigineuse addition des délires du système des partis, de l'égotisme de notre bocal politique où se sont perdus, hélas, ceux qui ont tour à tour prétendu relever le drapeau, d'une longue suite de gouvernements nuls, de l'incurie de dirigeants qui n'ont de responsables que le nom et, par-dessus tout, de l'oubli par notre peuple de tout souci de lui-même, a créé autour de nous une situation certes douloureuse mais que la France a souvent connue : le chaos. Nous voici près de ce que Bainville appelait la "récurrente anarchie française", dont nous n'apercevons encore que les premiers prodromes. Ce n'est pas une raison pour croire que la France se meure. Qui connaît l'Histoire sait qu'elle en a vu d'autres, et que l'essentiel est toujours, et en dépit de tout, de faire vivre une idée de la France, et à travers elle une idée de la diversité et de la beauté du monde. Cette idée resurgira tôt ou tard : il suffit de la garder au coeur, de distinguer ce qui meurt et ce qui vit, de voir, de comprendre, de protéger la langue, et d'écrire. Voici la suite d'un journal que je tiens depuis 1992, dont j'ai déjà fait paraître des extraits dans un ouvrage, "Un petit séjour en France", ainsi que divers blogues-notes, "For intérieur" puis "Une certaine Idée"...

mardi 4 février 2014

Journal de campagne à Paris (janvier - mars 2014)

Samedi 1 février 2014. – Suis retourné voir hier après-midi Béatrice Bourges et Josyane Solary qui près du Palais Bourbon poursuivent leur jeûne, dont elles entament le sixième jour amaigries, affaiblies, emmitouflées dans d'épais manteaux, et toujours entourées de barrières qui transforment la petite place en une sorte de cage entourée  de policiers. Je discute quelques minutes avec Béatrice des buts affichés de leur geste, et de cette reforme de l’article 68 de la Constitution qui par son juridisme fait quelque peut contraste avec la bien plus ample question de la protestation non violente contre l’ordre mauvais – compte pour moi surtout la portée spirituelle de ce geste... Frappe aussi la réaction de la place Beauvau. M. Valls a fait interpeller Béatrice et Josyane plus de vingt fois depuis lundi ; on leur enjoint de déguerpir le jour, de dormir la nuit et, avant-hier, elles n’ont dû qu’à leur état de faiblesse physique de ne pas être arrêtées

     En fait, le pouvoir ne sait comment réagir, sinon par de dérisoires démonstrations de force. Incapable de maintenir l’ordre dans de nombreuses banlieues et désormais certaines campagnes, il est implacable vis-à-vis de deux femmes qui s'affaiblissent, les uns et les autres sachant peut-être que la faiblesse, quand elle se fait sacrifice, est la pire riposte au pouvoir mauvais. Quittant la petite  troupe de fantômes errant en silence autour des barrières, et cette étrange place sur laquelle tombait une brume blafarde, je laissai une autre brume voiler mon regard...

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