Journal de Paul-Marie Coûteaux
Une certaine Idée de la France et du monde

La vertigineuse addition des délires du système des partis, de l'égotisme de notre bocal politique où se sont perdus, hélas, ceux qui ont tour à tour prétendu relever le drapeau, d'une longue suite de gouvernements nuls, de l'incurie de dirigeants qui n'ont de responsables que le nom et, par-dessus tout, de l'oubli par notre peuple de tout souci de lui-même, a créé autour de nous une situation certes douloureuse mais que la France a souvent connue : le chaos. Nous voici près de ce que Bainville appelait la "récurrente anarchie française", dont nous n'apercevons encore que les premiers prodromes. Ce n'est pas une raison pour croire que la France se meure. Qui connaît l'Histoire sait qu'elle en a vu d'autres, et que l'essentiel est toujours, et en dépit de tout, de faire vivre une idée de la France, et à travers elle une idée de la diversité et de la beauté du monde. Cette idée resurgira tôt ou tard : il suffit de la garder au coeur, de distinguer ce qui meurt et ce qui vit, de voir, de comprendre, de protéger la langue, et d'écrire. Voici la suite d'un journal que je tiens depuis 1992, dont j'ai déjà fait paraître des extraits dans un ouvrage, "Un petit séjour en France", ainsi que divers blogues-notes, "For intérieur" puis "Une certaine Idée"...

mercredi 26 février 2014

Les vérités incorrectes de l'Enchanteur

Vendredi 21 février 2014. – A tant de remugles et de complications qui s'accumulent autour de moi (après une nouvelle et de nouveau longue entrevue hier avec Marine Le Pen et, aujourd'hui, un agréable déjeuner avec Wallerand de Saint-Just, fort allant sur tous les points litigieux et notamment la fameuse appellation RBM, j'ai confirmé  ma candidature dans le VIe arrondissement), à tant de complications, donc, Chateaubriand est bien, tout au long de ces jours, la seule mais universelle consolation. Quoi qu'il touche, il enchante en effet, et plus encore quand il expédie d'un trait ce que tant  et tant de nos pages n'ont jamais su dire. Par exemple celui-ci, qui ne vise certes pas que les Roms, mais toute la déraison contemporaine : « La folie du moment est d'arriver à l'unité des peuples et de ne faire qu'un seul homme de l'espèce entière ».

      Il y a aussi le morceau, certes plus connu, sur l'historien-écrivain et la vengeance des peuples : « Lorsque, dans le silence de l'abjection, l'on n'entend plus retentir que la chaîne de l'esclave et la voix du délateur ; lorsque tout tremble devant le tyran, et qu'il est aussi dangereux d'encourir sa faveur que de mériter sa disgrâce, l'historien paraît, chargé de la vengeance des peuples. C'est en vain que Néron prospère, Tacite est déjà né dans l'empire ; il croît, inconnu auprès de cendres de Germanicus, et déjà l'intègre providence a livré à un enfant obscur la gloire du maître du monde ». Comme la plume de Tacite tint à sa merci la destinée de l'Empereur de Rome, une seule page que Chateaubriand publia dans le Mercure de France après l’assassinat du duc d’Enghien suffit à frapper le front de Buonaparte de ce mot de tyran qui le vengeait pour toujours : tel est bien le vrai génie de la France, le fin fond de cette nation spéciale où seules resteront de la gloire ou de l’ignominie des princes les pages qu’en laissent les écrivains, lesquelles sont souvent les traces les plus marquantes qu’en gardera la mémoire de leur peuple. On ne voit pas pourquoi ce serait moins vrai aujourd'hui…

      Quoi qu'il en soit, mon acceptation de mener une liste RBM-SIEL, donc, dans le VIe arrondissement, quartier littéraire s'il en est, tient en bonne part à la perspective d'y mener, justement, une campagne littéraire – du moins qui aborde les questions du jour sous l'aspect de l'essence, de l'identité, de l'esprit (postulant par exemple qu'il existe un « esprit » de Saint-Germain-des-Prés), par extension celui des mots, plus largement le souci de l'harmonie esthétique, finalement de considérations extra-politiques qui sont les seuls véritables remèdes, je crois, aux maux politiques. Exemple : c'est pour des raisons esthétiques que je ne supporte plus les enseignes en anglais, ou plutôt en américain, ni la substitution aux cafés parisiens des horribles Starbucks, ou l'installation des Roms en maintes rues du quartier, apories que je regarde comme des atteintes à une harmonie esthétique – une identité, cette confluence d'une histoire, d'une topographie, d'une  atmosphère, d'un style, d'une manière d'être au monde, de se vêtir, de se saluer dans la rue, de s'installer au café pour y parler, y lire, y écrire, en somme une harmonie essentielle, dont l'esthétique est le signe infaillible. C'est en ce sens que je suis candidat pour des raisons littéraires – ou, esthétiques. Poursuivrai demain...

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