Journal de Paul-Marie Coûteaux
Une certaine Idée de la France et du monde

La vertigineuse addition des délires du système des partis, de l'égotisme de notre bocal politique où se sont perdus, hélas, ceux qui ont tour à tour prétendu relever le drapeau, d'une longue suite de gouvernements nuls, de l'incurie de dirigeants qui n'ont de responsables que le nom et, par-dessus tout, de l'oubli par notre peuple de tout souci de lui-même, a créé autour de nous une situation certes douloureuse mais que la France a souvent connue : le chaos. Nous voici près de ce que Bainville appelait la "récurrente anarchie française", dont nous n'apercevons encore que les premiers prodromes. Ce n'est pas une raison pour croire que la France se meure. Qui connaît l'Histoire sait qu'elle en a vu d'autres, et que l'essentiel est toujours, et en dépit de tout, de faire vivre une idée de la France, et à travers elle une idée de la diversité et de la beauté du monde. Cette idée resurgira tôt ou tard : il suffit de la garder au coeur, de distinguer ce qui meurt et ce qui vit, de voir, de comprendre, de protéger la langue, et d'écrire. Voici la suite d'un journal que je tiens depuis 1992, dont j'ai déjà fait paraître des extraits dans un ouvrage, "Un petit séjour en France", ainsi que divers blogues-notes, "For intérieur" puis "Une certaine Idée"...

lundi 17 février 2014

Sur le bonheur de la campagne et l'urgence de décongestionner Paris ; sur deux phrases d'Albert Camus.

Vendredi 14 février 2014. – Comme toujours, le retour à Mirebeau est délicieux – j'aime ce village poitevin par sa banalité même, le voisinage aléatoire de ses beautés cachées et de ses désolantes laideurs, les grâces et les disgrâces des coteaux environnants... La tumultueuse installation rue de Rennes, et surtout la campagne électorale à Paris m'empêchent d'y venir souvent, et la grande maison, abandonnée depuis des semaines aux pluies et au froid, paraît toute endormie au milieu des herbes humides. Le chat, que ma camériste vient nourrir chaque jour mais que la solitude finit par engourdir, hiberne dans un coin du salon ; il s'étire lentement à mon arrivée, déploie son indifférence ostensible, mais ronronne dès la première caresse, puis me suit partout, peut-être pour s'assurer que je ne repars pas – de toute la soirée,  ses ronronnements ne cessent plus. Je pousse la chaudière, puis allume de grands feux dans les cheminées. Dîner frugal et délicieux (bon bourgogne, jambon fumé et fromages de chèvre très vieillis...), puis me couche avec l'énorme amas de journaux trouvé dans la boîte aux lettres – qui me ramène hélas aux préoccupations de Paris... Mais ici les « nouvelles », c'est-à-dire les mauvaises nouvelles, perdent un peu de leurs alarmes, et l'épouvantable état des affaires de la France paraît moins dramatique, comme désamorcé – raison de plus pour souhaiter que les Franciliens repeuplent les régions à moitié désertées : il le faut non seulement pour redonner vie à nos campagnes, notre grand joker, et pour décongestionner le tentaculaire Paris, mais aussi pour restaurer l'art de vivre en France et regagner l'espoir qu'elle puisse un jour être redressée.

     Ai découvert dans un Valeurs Actuelles du mois dernier un bel article de Robert Redeker sur Albert Camus – notamment ces deux phrases qui montrent combien le Prix Nobel, qui se disait de gauche comme on l'était au XXe siècle (pour être du coté du peuple, des  opprimés et des pauvres gens – tout ce qui fait que l'on est aujourd'hui de droite) « rejetait en même temps l'armature intellectuelle de la gauche, le progressisme historique, et même l'évènement supposé réaliser ce progrès, la Révolution française ». Redeker relève cette phrase de L'Homme Révolté : « Les principes de 1789 préparent les deux nihilismes contemporains, celui de l'individu et celui de l'Etat ». Forte phrase : là où la civilisation française reposait sur un secret mais distant accord entre les individus et l'Etat, entre les Français et Paris, qui empêchait l'hypostasie d'aucun des deux pôles, encadrés par les Corps, les Corporations, mais aussi les provinces – le « Roi en ses Etats », la République a substitué un tête-à-tête qui a poussé l'un et l'autre dans l'excès de leurs logiques propres.

     De Camus encore : « Je ne crois pas assez à la raison pour souscrire au progrès », qui n'est pas d'un homme de gauche, ni même d'un Moderne (c'est à peu près la même chose) mais d'un pur classique. La pensée classique a plus d'alliés qu'on ne croit. Là-dessus, éteignons nos mes feux ; rien n'égale un long sommeil au fond d'une maison éloignée, toute endormie parmi les brumes...

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