Journal de Paul-Marie Coûteaux
Une certaine Idée de la France et du monde

La vertigineuse addition des délires du système des partis, de l'égotisme de notre bocal politique où se sont perdus, hélas, ceux qui ont tour à tour prétendu relever le drapeau, d'une longue suite de gouvernements nuls, de l'incurie de dirigeants qui n'ont de responsables que le nom et, par-dessus tout, de l'oubli par notre peuple de tout souci de lui-même, a créé autour de nous une situation certes douloureuse mais que la France a souvent connue : le chaos. Nous voici près de ce que Bainville appelait la "récurrente anarchie française", dont nous n'apercevons encore que les premiers prodromes. Ce n'est pas une raison pour croire que la France se meure. Qui connaît l'Histoire sait qu'elle en a vu d'autres, et que l'essentiel est toujours, et en dépit de tout, de faire vivre une idée de la France, et à travers elle une idée de la diversité et de la beauté du monde. Cette idée resurgira tôt ou tard : il suffit de la garder au coeur, de distinguer ce qui meurt et ce qui vit, de voir, de comprendre, de protéger la langue, et d'écrire. Voici la suite d'un journal que je tiens depuis 1992, dont j'ai déjà fait paraître des extraits dans un ouvrage, "Un petit séjour en France", ainsi que divers blogues-notes, "For intérieur" puis "Une certaine Idée"...

mardi 18 février 2014

Sur le Rassemblement Bleu Marine, le constat et les causes de sa mise en panne, et les moyens de lui donner plus de consistance.

Samedi 15 février 2014. – Revenons à la question laissée en suspens mercredi, et cette nécessaire « majorité de gouvernement à quoi le FN ne suffira pas seul ». Il n'y a rien de plus essentiel pour moi aujourd'hui – et, bien entendu, rien de plus délicat à traiter. C'est en effet la lancinante question du RBM, objet de tous mes soucis depuis des mois, et plusieurs fois abordée ici par bribes au fil des dernières semaines, qu'il faut poser dans son ensemble, et regarder en face. D'abord pour dresser un désolant constat de carence – qui se lit à la simple consultation du « site officiel du RBM », dont le dernier document mis en ligne date du 4 février 2013 ; le document précédent date du  4 décembre 2012.

      « Nous ne sommes pas loin de la coquille vide », me disait lundi dernier l'un des lecteurs de ce blog, et tête de liste RBM dans une municipalité importante – plus de 150 000 habitants, pour reprendre les seuils officiels ; il n'est pas membre du FN, ni d'ailleurs du SIEL, mais adhérent direct du RBM et s'étonne d'avoir aussitôt été versé dans les cadres du FN, ce qui, ai-je découvert ces derniers mois, a lieu partout en France mais qui l'a tant étonné qu'il parle aussi de « tromperie sur la marchandise ». C'est cette équivoque, dont l'effet est de placer ceux qui croyaient n'adhérer qu'au RBM mais se retrouvent en fait au FN, qui crée les déconvenues et ruptures observées ces derniers temps – voir par exemple l'épisode de Gamaches, et le sort du pauvre Arnaud Cléré qui se trouvait bien au SIEL, mais que le ténor local du FN a forcé à adhérer à son  parti, d'où le jeune homme, sans doute instable et trop sensible, s'est enfui à toutes jambes, rejoignant finalement l'UMP, et le néant... Ce genre d'affaires, certes locales, mais assez nombreuses (on en vit dans les Bouches-du-Rhône, en Gironde, en Alsace...) révèle, et c'est bien ce qu'il y a de pire, qu'une partie des cadres locaux du FN, et nombre de ses militants, ne regardent pas d'un bon œil le RBM, et s'en font même, à l'occasion, les adversaires. Nul n'ignore d'ailleurs que le Président d'Honneur de ce parti, toujours très actif et, comme on dit, vigilant, s'est plusieurs fois montré fort sceptique sur l'initiative du RBM...

      Tout ceci fait que la confusion règne dans les esprits, qui ne comprennent goutte aux rôles respectifs du FN, du SIEL et du RBM : « tout le monde s'y perd » me dit le candidat que j'évoquais plus haut – il est moins étonné que moi de ce qu'un jeune militant du FN refuse de figurer sur ma liste RBM, motif pris de ce qu'il était « FN pur » et ne voyait pas l'utilité d'une alliance – voir 8 février. Mardi, lors de mon « café politique » au « Parloir » de la rue du Vieux Colombier, plusieurs participants, pourtant de bonne volonté, mélangeaient tout, l'un affirmant, croyant bien faire, que le SIEL était un renfort pour le RBM, un autre se demandant si le RBM était « autre chose que le rassemblement du FN et du FN », etc. En vain tentai-je d'expliquer ce qu'est une alliance, comme la gauche en noue régulièrement – lors des Législatives de 1967, la FGDS (Fédération de la Gauche Démocrate et Socialiste, regroupant la Convention des Institutions Républicaines de François Mitterrand, la SFIO et le Parti Radical) qui faillit battre l'alliance UNR, UDT, RI, CNIP soutenant de Gaulle – notons au passage que même les gaullistes avaient besoin d'alliés... Et c'est bien l'Union de la Gauche regroupant le PS, les Radicaux de gauche et le PCF qui porta François Mitterrand aux portes de l'Elysée en 1974, puis l'y fit entrer en 1981.

      L'histoire électorale de la Ve République est faite d'alliances ; Marine Le Pen en est consciente et le répète. Mais je m'étonne que tant de ses partisans ne l'écoutent pas, ne semblent pas  le comprendre, ou vouloir le comprendre. Le résultat est que ce pauvre RBM est au milieu du gué : ni fait ni à faire. La confusion règne dans les esprits. Je crois qu'il faut oser la nommer, faute de quoi elle risquerait, je le crains, de perdurer longtemps... Or, la France n'attendra pas et ne pourra aller éternellement de prometteuses élections en élections prometteuses...

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