Journal de Paul-Marie Coûteaux
Une certaine Idée de la France et du monde

La vertigineuse addition des délires du système des partis, de l'égotisme de notre bocal politique où se sont perdus, hélas, ceux qui ont tour à tour prétendu relever le drapeau, d'une longue suite de gouvernements nuls, de l'incurie de dirigeants qui n'ont de responsables que le nom et, par-dessus tout, de l'oubli par notre peuple de tout souci de lui-même, a créé autour de nous une situation certes douloureuse mais que la France a souvent connue : le chaos. Nous voici près de ce que Bainville appelait la "récurrente anarchie française", dont nous n'apercevons encore que les premiers prodromes. Ce n'est pas une raison pour croire que la France se meure. Qui connaît l'Histoire sait qu'elle en a vu d'autres, et que l'essentiel est toujours, et en dépit de tout, de faire vivre une idée de la France, et à travers elle une idée de la diversité et de la beauté du monde. Cette idée resurgira tôt ou tard : il suffit de la garder au coeur, de distinguer ce qui meurt et ce qui vit, de voir, de comprendre, de protéger la langue, et d'écrire. Voici la suite d'un journal que je tiens depuis 1992, dont j'ai déjà fait paraître des extraits dans un ouvrage, "Un petit séjour en France", ainsi que divers blogues-notes, "For intérieur" puis "Une certaine Idée"...

samedi 15 mars 2014

Pourquoi il n'est plus possible, en l'état, de gouverner la France

Mercredi 5 mars 2014. – Est-ce une vieille image de dessin animé ? Je songe aujourd'hui au type dont la bibliothèque s'écroule, et qui reçoit à chaque moment une étagère, un livre, un bibelot supplémentaire sur le coin de la figure... Cette affaire de Roms, et de dépêche démente, a pris dans la journée de vastes proportions.

      Le plumitif de l'AFP qui m'a fait dire tout autre chose que ce que j'ai écrit ici il y a quinze jours à propos des Roms, pour lesquels je suis censé demander la construction de camps alors que justement je les déplore et déplore la succession des impuissances qui ont conduit le gouvernement français à y recourir,  n'a pas voulu reprendre le communiqué que je lui ai adressé, estimant que, par un simple coup de fil, mon droit de réponse était épuisé. Tout au long de la journée, j'ai donc eu droit à des appels de journalistes-flics qui, prenant pour argent comptant le texte de l'AFP, n'entendaient nullement se reporter à ce que j'ai écrit mais au contraire me faire répéter l'ignominie – je réclamerais même des camps de concentration et l'on aimerait bien que je le dise clairement, et si possible, pouvez-vous en rajouter encore, de quoi est faite cette lèpre dont vous parlez ? Dites-nous en plus, etc...  Il y a aussi les suaves qui me demandent en exclusivité de quoi sera faite ma défense devant les tribunaux, où l'on tient à m'informer que des associations, dont SOS Racisme qui l'aurait d'ailleurs annoncé, ne vont pas manquer de me traîner. Variable fréquente, le journaliste complice qui, pour vous rendre service, vous conseille amicalement de vous repentir, pressé d'obtenir en exclusivité l'aveu, les excuses, la contrition publique. Dans le genre, le pompon est remporté haut la main par une journaliste de Metronews qui veut absolument que « j'exprime un regret » : ce que je regrette, chère Madame, c'est que l'on puisse à ce point déformer mes propos, lui dis-je en substance, ce qui donne dans un article mis en ligne quelques minutes plus tard : « Paul-Marie Coûteaux regrette ses propos ». C'est la grande scène de l'Aveu de Costa-Gavras : on vous attribue un crime, et pour être sûr que vous l'avez signé, un repentir en bonne et due forme est exigé sur le champ. Mais le moyen de démentir que j'ai avoué des propos que je n'ai pas tenus ? On s'y perd vite et tout le monde retient le titre de l'AFP qui fait un titre dans presque toutes les pages politiques des journaux d'aujourd'hui, nationaux et provinciaux – ce fut hier, me dit-t-on, l'article le plus lu de La Nouvelle République...

      Tout le monde, non : je vois bien qu'a beaucoup augmenté, ces derniers temps, le scepticisme à l'encontre de ce qu'il faut bien appeler le système médiatique, dont je découvre que l'AFP est finalement le centre, et que les bobards ont été trop nombreux pour qu'ils passent tous comme lettre à la poste. « Ça vous ressemble trop peu pour que j'ai cru ce baratin » me dit hier un professeur à qui je tendais un tract, sur le marché Raspail. Plusieurs amis, et même deux journalistes qui se sont reportés à mon texte, m'assurent que la manipulation est un peu grosse et le procédé peu admissible. Mais il y a quelques coups douloureux : ma bonne voisine de Mirebeau, qui vient de lire le « grand » journal du Poitou, la Nouvelle République, toujours elle, m'appelle pour me demander quelle mouche me pique, pourquoi diable je demande « le retour aux camps » (sic) et conclut bonnement : « retenez-vous un peu, on va finir par avoir honte d'être votre voisin ». J'ai beau nier, elle n'en veut rien croire, puisque c'est écrit dans le journal. Et je ne vois pas comment agir sur le journal, d'une part parce que je n'ai pas la Nouvelle République entre les mains, pas plus que je n'ai le Dauphine Libéré, l'Est Républicain ou Ouest-France, puisque tous reprennent les dépêches de l'AFP et que l'AFP – le rôle de cette agence de presse est bien entendu exorbitant quand elle sort de sa seule mission, rapporter des faits.

      De tout cela, je pourrais écrire des pages, et peut-être les écrirai-je  -tant l'affaire des Roms est éclairante, sur la fausse « Europe », sur le dessaisissement du politique par la suppression des frontières, sur l'impuissance générale, sur la prime donnée au nomadisme, sur la façon dont fonctionne le « système de l'information », sur l'obsession antiraciste qui brouille les yeux, encore que ceux de mon correspondant à l'AFP se soient brouillés à dessein, sur l'impossibilité, dans un tel monde, de faire de la politique sérieusement... Et peut-être est-ce là le plus grave : quand la parole est à ce point déformée, manipulée, dévaluée, quand les mots sont tenus pour rien, que peut signifier la démocratie ?

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