Journal de Paul-Marie Coûteaux
Une certaine Idée de la France et du monde

La vertigineuse addition des délires du système des partis, de l'égotisme de notre bocal politique où se sont perdus, hélas, ceux qui ont tour à tour prétendu relever le drapeau, d'une longue suite de gouvernements nuls, de l'incurie de dirigeants qui n'ont de responsables que le nom et, par-dessus tout, de l'oubli par notre peuple de tout souci de lui-même, a créé autour de nous une situation certes douloureuse mais que la France a souvent connue : le chaos. Nous voici près de ce que Bainville appelait la "récurrente anarchie française", dont nous n'apercevons encore que les premiers prodromes. Ce n'est pas une raison pour croire que la France se meure. Qui connaît l'Histoire sait qu'elle en a vu d'autres, et que l'essentiel est toujours, et en dépit de tout, de faire vivre une idée de la France, et à travers elle une idée de la diversité et de la beauté du monde. Cette idée resurgira tôt ou tard : il suffit de la garder au coeur, de distinguer ce qui meurt et ce qui vit, de voir, de comprendre, de protéger la langue, et d'écrire. Voici la suite d'un journal que je tiens depuis 1992, dont j'ai déjà fait paraître des extraits dans un ouvrage, "Un petit séjour en France", ainsi que divers blogues-notes, "For intérieur" puis "Une certaine Idée"...

samedi 8 mars 2014

Sur L'Ukraine, sur la Russie, et sur l'Europe...

Jeudi 27 février 2014. - Avons fait une très bonne émission, hier au soir, sur Courtoisie, à propos des évènements d'Ukraine. Etaient au micro, outre ma chère Elisabeth Schneiter qui, devenue journaliste indépendante (c'est-à-dire, pour commencer, « indépendante d'esprit », ça change du gros de la profession),  nous a savamment parlé de l'inquiétant projet de « traité de libre-échange transatlantique », nouveau coup de boutoir états-unien et libre-échangiste qui pourrait d'un coup désarmer ce qui nous reste de politique agricole, de politique environnementale ou culturelle, étaient là, donc, un très aimable homme politique russe au joli nom, Andréï Denikine, que m'a présenté l'autre jour Madame Commeau ; le responsable de l'Europe de l'Est à Valeurs Actuelles, Pierre-Alexandre Bouclay, et l'ami John Laughland – vint ensuite Renaud Camus qui nous a parlé depuis sa fière bastide du Gers de ce qui advient du procès que lui intente l'Inquisition médiatique.

      L'essentiel a porté sur l'Ukraine : tout devint vite lumineux, d'autant que les trois invités, le Britannique, le Russe et le Français ont développé des analyses fort concordantes : certes, le président ukrainien est moins un Homme d'Etat qu'un chef de bande, d'ailleurs traité sans égard, et toujours avec beaucoup de distance par le président russe. Certes, sa politique, si l'on peut parler de politique au sens convenable de ce mot, a conduit l'Ukraine près de la banqueroute, et nombre de ses concitoyens dans la misère, ou pire. Mais les manifestants qui l'ont acculé à fuir, il y a quelques jours, n'étaient pas tous des citoyens ukrainiens, animés  d'un authentique désir de bon gouvernement : de l'avis de tous mes invités, et selon des témoignages concordants toujours passés sous silence par la presse occidentale, la colonne vertébrale des manifestations de Kiev était constituée de véritables miliciens bien entraînés et bien armés, capables d'incendier en quelques minutes tout un rang de policiers ukrainiens : nous n'avons plus affaire à une opposition populaire qui manifeste dans les rues mais à des phalanges manipulées par une puissance étrangère menant des actions de guérilla urbaine et assez puissamment armées pour faire monter les violences jusqu'à ce que cède ou se délite le gouvernement légitime ciblé – en l'occurrence le Président comme l'Assemblée de cette République furent élus selon les règles démocratiques. Ce qui n'a pas marché en Syrie fut réalisé en Ukraine en un tournemain. Il ne faut pas être grand clerc pour  comprendre que les Etats-Unis, qui tiennent l'Ukraine pour l'un des tendons d'Achille de la Russie, ont mis à profit l'exécrable situation intérieure de ce pays (raison pour laquelle Poutine souhaitait lui aussi, sans doute, le départ de son trop faible Président), et la diversion des Jeux Olympiques de Sotchi, pour faire donner leurs milices. Avec succès, mais il semble que ce fut assez simple.

      Ici deux seules questions :

      D'abord, pourquoi Washington, au lieu de tenir la balance égale entre ses deux grands rivaux, Pékin et Moscou, ménage-t-il tant le premier et se montre-t-il si agressif avec le second, pourtant moins puissant – en apparence du moins ? Est-ce que l'Europe, la véritable Europe, celle qui va de l'Atlantique à l'Oural, l'inquiète tant qu'il lui faut la diviser par tous les moyens possibles ?

      Ensuite, pourquoi les Européens (l'Allemagne exceptée, dont le jeu parait plus subtil, et qui garde sans doute en coulisses ses vieilles connivences russes), jouent-ils si aveuglément le jeu états-unien dirigé contre elle ?

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