Journal de Paul-Marie Coûteaux
Une certaine Idée de la France et du monde

La vertigineuse addition des délires du système des partis, de l'égotisme de notre bocal politique où se sont perdus, hélas, ceux qui ont tour à tour prétendu relever le drapeau, d'une longue suite de gouvernements nuls, de l'incurie de dirigeants qui n'ont de responsables que le nom et, par-dessus tout, de l'oubli par notre peuple de tout souci de lui-même, a créé autour de nous une situation certes douloureuse mais que la France a souvent connue : le chaos. Nous voici près de ce que Bainville appelait la "récurrente anarchie française", dont nous n'apercevons encore que les premiers prodromes. Ce n'est pas une raison pour croire que la France se meure. Qui connaît l'Histoire sait qu'elle en a vu d'autres, et que l'essentiel est toujours, et en dépit de tout, de faire vivre une idée de la France, et à travers elle une idée de la diversité et de la beauté du monde. Cette idée resurgira tôt ou tard : il suffit de la garder au coeur, de distinguer ce qui meurt et ce qui vit, de voir, de comprendre, de protéger la langue, et d'écrire. Voici la suite d'un journal que je tiens depuis 1992, dont j'ai déjà fait paraître des extraits dans un ouvrage, "Un petit séjour en France", ainsi que divers blogues-notes, "For intérieur" puis "Une certaine Idée"...

mercredi 29 octobre 2014

Mardi 28 octobre deux mil quatorze, Paris.


Visité ce matin un charmant appartement situé, fort bien, dans la partie de la rue de Verneuil qui va de la rue du Bac à la rue de Beaune. Il est à craindre que je ne cède un peu vite à ce charme et ne fasse une offre, qui m’engagerait imprudemment sans même que celui de la rue de Rennes ait été vendu. Cette rue de Rennes, je ne serai pas mécontent de la quitter, aussi clair et calme que soit le grand appartement découvert dans l’été 2013 où j’aurai en un an vécu tant et tant d’aventures. Le plus drôle est que, à peine m’y trouvais-je installé, j’eus assez vite la certitude de n’y pas faire long feu. Il n’y a pas seulement que mes projets d’établissement ont tourné court ; mais aussi la rue de Rennes en elle-même, trop large, trop commerçante et affairée pour correspondre à cet « esprit VIe » dont je ne peux me déprendre ; et par-dessus tout cette tour hideuse dressée sur le pauvre Mont Parnasse, champignon incongru capable de briser à lui seul toutes les perspectives alentours. Peut-être ne devrais-je pas laisser mon regard s’y poser chaque fois que je sors de chez moi. Pourquoi regarder ce qui est laid ?

            Ainsi de tout d’ailleurs, des promenades en ville ou bien à la campagne, des voyages ou de tout ce qui arrive : il faudrait s’apprendre à ne porter son regard que sur les belles choses. J’y parviens, quelquefois : au détour d’une route qui de Mirebeau va à Loudun, on aperçoit sur la droite un très noble et très luxuriant paysage, doux comme la France ; et, sur la gauche, une triste succession de fermes abandonnées, flanquées de hangars et de ferrailles. Je me suis  appris à regarder sur la droite et à négliger, sur la gauche, les laideurs devenues ordinaires ; mais je n’aurai jamais appris à ne pas regarder cette maudite tour Montparnasse qui gâche jusqu’au plaisir d’habiter dans ce quartier. Dompter son regard devrait devenir une règle, et même une sorte d’éthique. Je repense souvent au précepte que m’a confié cet été le cher A.F.-A. tandis que, cheminant en voiture à travers la moelleuse Charente, nous tombâmes nez à nez sur un immense hangar dont la laideur jetait une ombre sur tous les horizons, et qu’il tient de sa mère : « ne regarde pas ce qui est laid, tu vas t’abîmer les yeux. »

            Inconsciemment, samedi dernier, j’ai retrouvé ce réflexe en quittant le triste spectacle que donnait notre congrès, envahi par une centaine de nouveaux venus que le sombre affidé de Marine Le Pen avait rameutés au dernier moment pour assurer son élection ; il faisait peine à voir – car c’était bien de vue qu’il s’agissait. En somme, je suis sorti presque sans mot dire par réflexe esthétique, pour ne pas m’abîmer les yeux, et le caractère. Peut-être aurais-je dû argumenter davantage ; mais dire plus qu’un mot à ces quidams qu’unissait seul le bas appétit des places et des investitures ne valait pas la peine : mieux valait détourner le regard, c’est-à-dire partir.

            Samedi, dans le désarroi qui m’étreignait à la tribune, j’ai pensé, comme d’habitude, qu’il fallait laisser les choses aller au bout d’elles-mêmes, cantonner dans leur coin les plus mauvais visages de l’espèce humaine  et savoir se détourner pour confier à la plume la mission, qu’elle seule peut remplir, de remettre tout et tous à leur place. Écrire, c’est donc ce que je fis hier en m’adressant à celle dont la célèbre flamme brûle quiconque l’approche sans s’affilier, et qui est pour moi l’unique responsable de la mascarade. La lettre que je lui ai adressée, qui dans ce journal occupe l’entrée d’hier et que mes amis diffusent alentours, a reçu d’innombrables échos, à peu près tous favorables et souvent fraternels. Mettons de coté quatre ou cinq insultes, bien peu au regard des témoignages qui m’arrivent aujourd’hui de tous côtés par téléphone, par courriel ou par twitter – et même dans la rue tandis que je revenais tout à l’heure de la rue de Verneuil par le boulevard Saint-Germain et que m’accosta une personne qui n’était pas de mince envergure : nous eûmes je crois le même sourire en convenant que la France n’avait décidément pas de chance, non seulement par la succession de dirigeants qu’elle s’inflige, mais aussi par la triste succession de ceux qui prétendent la défendre…


          Autre satisfaction, ce soir : les échos qui parviennent de Tunisie, où les élections de dimanche portent bien des promesses. Que la jeune Tunisie s’émancipe cahin-caha de la gangue totalitaire, qu’elle retrouve sa proximité avec la France, ses principes et sa langue, par là son rôle dans la francophonie et la coopération méditerranéenne, voilà qui ouvre un peu de ciel bleu au-dessus de nos têtes ; bien entendu, plutôt que les noirs nuages qui passent, c’est ce ciel qu’il faut offrir à nos regards.

lundi 27 octobre 2014

Lundi 27 octobre deux mil quatorze, Paris

Depuis le congrès pantalonesque du SIEL, samedi dernier, qui devait de toutes façons mettre fin à mon mandat triennal de président, en somme depuis que je me trouve enfin rendu à ma liberté et que je respire (qui a dit : « loin des imbéciles, l'air est pur » ?), je n'ai pas de plus grand appétit que celui d'écrire – écrire mes livres inachevés, pour commencer, mais aussi une longue lettre ouverte à Marine Le Pen, sous la forme d'un ouvrage qui devrait paraître au Printemps, et dans l'immédiat une lettre plus courte à elle expédiée dès ce jour, que je vais envoyer ce soir aux membres du SIEL, accompagnée d'un mot pour leur dire au revoir . Aussi, écrire plus sérieusement et régulièrement ce Journal, dit aussi « bloc-notes », tant négligé ces derniers temps.  Voilà bien, pour commencer, la matière de l'entrée d'aujourd'hui, en manière de poupées russes...

Chers amis, le spectacle qu’a offert notre congrès, samedi dernier, était fort affligeant, comme je ne le prévoyais que trop. La règle que j’avais posée à la fin du mois de septembre en convoquant notre congrès, règle de bon sens qui voulait que soit arrêté le collège électoral la veille du scrutin pour établir la liste des électeurs, à été foulée aux pieds par l’arrivée massive, au dernier moment, d’un grand nombre de personnes inconnues qui exigèrent de prendre leur carte. Je n’ai pas cru devoir m’y opposer autrement qu’en protestant, de crainte que l’agressivité ne s'accroisse et que l’image du SIEL ne soit d’avantage encore ternie. Je me suis borné à dénoncer ce coup de force, puis à quitter les lieux en demandant à la police de les protéger – me trouvant, en tant que président du SIEL, responsable de la sécurité de tous. Je n’ai donc pas pu vous dire au revoir ; mais cet au revoir signifiant justement que je gardais l’espoir que nous nous retrouverons un jour tous ensemble au service de notre cause commune,  l’indépendance, la singularité et la grandeur de la France, cet au revoir était superflu, n’est-ce pas ? Cependant j’ai tenu à mettre les choses au point avec celle qui, par son refus de tout partenariat avec notre petit mais vaillant parti, par son mépris répété de notre dignité commune, de celle de chacun de nous, et de la mienne propre, a créé une situation inextricable. Je vous prie de bien vouloir trouver ci-joint le texte de la lettre que j’ai adressée à la présidente du Front National, envoi ultime par lequel je demande à chacun de vous de rester fidèle à la grande cause de l’unité des patriotes et vous dis à bientôt.
                               
Lettre ouverte à Le Pen

     Ce qui s'est passé samedi lors du Congrès du SIEL m’a fait penser à vous, et simultanément à ce que l’on nomme dans nos campagnes un « bull » – non pas un pitbull mais un bulldozer, qui renverse tout et détruit tout.

    Car voilà bien le point : pour vous, quiconque n’est pas entièrement aligné devient un ennemi à éliminer par tous les moyens. Parce que je ne suis pas entré au FN tout en vous soutenant lors la présidentielle de 2012, préférant créer un parti politique qui, dans mon esprit, pouvait devenir pour vous un partenaire et vous aider à dépasser un Front dans lequel il me paraissait dangereux que vous vous enfermiez ; parce que je prétendais être un allié mais point un rallié et qu’il me paraissait normal à ce titre de développer des points de vue qui ne nous étaient pas toujours communs (par exemple sur la politique économique, la Manif pour Tous ou sur la cruciale question des alliances), vous avez tout à trac décrété le 7 avril que je n’étais plus président du SIEL, désignant aussitôt pour me remplacer l’un de vos hommes liges. A bien y regarder, ce coup de tête était incongru car on n’imagine pas, en France, que la présidente d’un parti désigne celui d’un autre parti, fût-il son allié – et que, par exemple, le premier secrétaire du PS nomme le président du PRG. Incongru mais aussi attentatoire à la dignité, pour commencer la mienne propre, comme si je devais déguerpir sur un claquement de doigts, mais aussi à la dignité de ce petit parti dont les quelque 500 adhérents auraient mérité qu’on ne leur passe pas sur le corps, et par-dessus le marché à la dignité de notre vie publique. Faire main basse sur les partis deviendra-t-il une habitude ? Tout vous est peut-être promis, Madame, mais tout ne vous est pas permis.

      Pire : alors que vous m’aviez donné votre parole de ne pas intervenir dans les affaires du SIEL, parole dont j’ai vérifié en cette occasion qu’elle ne valait pas grand chose, vous avez encouragé votre candidat à fouler aux pieds plusieurs articles des statuts du SIEL, l’assurant de votre soutien lors d’un prétendu « congrès extraordinaire » qui l’était en effet puisqu’il ne répondait à aucune des conditions posées par nos statuts ; de même, vous l’avez laissé déposer en préfecture, en catimini, un bureau entièrement à sa main comme si le bureau régulier n’existait pas ; vous l’avez présenté comme président alors qu’il n’avait été élu par aucune instance – ce que vous fîtes le 20 octobre à LCI et Radio Classique, déclarant « je m’entends très bien avec M. Ouchikh, président du SIEL », phrase ridicule puisqu’il n’était président que par votre décret et que vous ne pouvez que bien vous entendre avec un quidam à votre botte.

    Un bulldozer ne s’arrête jamais. A l’approche du congrès où j’avais annoncé que je ne demanderai pas le renouvellement de mon mandat, toutes les intimidations furent bonnes. Oubliant votre promesse de ne pas intervenir (promesse formulée par un SMS que j’ai en archive) vous avez pris la tête d’un comité de soutien dans lequel tout l’état-major de votre parti-bunker figurait au complet, de votre nièce Marion à MM. Philippot, Aliot, Bay et j’en passe, jusqu’à faire vos fonds de tiroirs pour embrigader Béatrice Bourges et mon ancien assistant parlementaire, lequel dut envoyer un message de soutien à votre favori, un pistolet sur la tempe – comme l’a dit l’un des participants effaré, il ne manquait plus que le Pape, le Dalaï-Lama et la reine des Gitans. Passons sur les pressions ordinaires, quand vos sbires laissent entendre à quiconque ne suivrait pas votre diktat que toute carrière politique lui serait fermée, tandis qu’on promettait mille investitures à ceux qui ployaient, votre directeur de cabinet allant jusqu’à menacer toute rupture de relations avec l’un de nos candidats, M. Marsaud de Labouygue,  s’il ne se retirait pas – j’ai aussi ce SMS dans mes archives. L’arme financière ne pouvait manquer : alors que le financement public attaché aux 37 candidats que le SIEL présenta aux Législatives de 2012 transite par le FN selon une convention établie en due forme, vous retenez sans vergogne notre dû, n’en donnant qu’un tiers par chèque expédié non au siège de notre parti mais à l’adresse professionnelle de votre candidat – donnant entendre que,  s’il n’était pas élu, ce serait l’asphyxie.

      Rien ne vous retient jamais de tout écraser : intimidant tout le monde, des dizaines de membres de votre parti ont investi les lieux du congrès en exigeant de prendre la carte du SIEL afin de participer au vote ; la plupart de ces « nouveaux membres » ne savaient guère ce qu’était le SIEL, mais il fallait à tout prix faire des voix pour soutenir votre candidat, réfuté par la majorité de nos membres. Dans de telles conditions, aucune élection ne pouvait avoir lieu, serait-ce seulement qu’il était impossible à notre huissier de déterminer le collège électoral. Au milieu des invectives, j’ai préféré quitter la salle à peu près sans mot dire sinon dénoncer le coup de force, me bornant à demander à mes amis d’en faire autant, et faisant appel à la police du quartier pour protéger les lieux, lesquels étaient placés sous ma responsabilité. Dans une telle situation, les trois autres candidats se retirèrent, votre obligé étant élu par 99 % des votants.

     Ainsi furent données aux yeux de tous les preuves que j’attendais : d’abord, que les vieux démons ont la vie dure, et que votre parti dont j’ai pu apercevoir au fil des derniers mois quelques aspects peu ragoutants, est loin de mériter la dédiabolisation dont vous vous targuez ; les « gros bras » qui ont fait irruption samedi, hurlant et vociférant, multipliant fausses accusations, insultes et menaces (notre secrétaire général fut physiquement menacé, s’entendant dire par deux personnes, dont un de vos secrétaires départementaux, qu’on allait « lui faire la peau ») rappellent les époques où s’illustra votre parti et que l’on aurait aimé croire de bonne foi révolues ; ensuite, que vous n’honorez ni votre signature, bien claire au bas de la convention qui nous lie et que vous n’avez pas respectée, pas plus que votre parole ; enfin, que vous n'avez et n’aurez jamais l’esprit de partenariat. Tout cela explique l’absolue solitude du parti que vous dirigez d’une poigne de fer, et qui est d’ailleurs coupé d’un grand nombre de personnalités et groupes dont il aurait été dans votre mission de rassembler ; il explique que, le SIEL étant mort, le prétendu « Rassemblement » Bleu Marine, réunion du FN et du FN, et trois comparses, ne soit qu’une misérable coquille vide. 

      Votre attitude ou votre tempérament, votre incapacité chronique à travailler avec quiconque n’est pas votre valet, ruinent l’idée que vous puissiez jamais nouer quelque alliance que ce soit, ces alliances que rendent pourtant nécessaires les institutions de la Ve République et notamment l’élection présidentielle à deux tours ; elle démontre, contrairement aux vaticinations de certains politiciens de votre entourage, une incompatibilité plus foncière que je ne l’aurais pensé, entre l’héritage politique du général de Gaulle et votre parti ; elle ruine enfin l’idée que vous soyez un jour apte à gouverner la France, sauf à confondre votre parti et le gouvernement. Ce n’est pas très grave pour vous car gouverner n’est pas votre objectif, comme ce ne fut pas celui de votre père ou de votre famille en général, qui a peut-être d’autres préoccupations ; c’est plus grave pour des millions de Français dont vous captez et finalement détournez la colère sans pour autant constituer une force qui puisse être dite gouvernementale – vos électeurs étant de pauvres hères  hurlant à tue-tête mais ficelés sur leurs chaises, car c’est pour ainsi dire leur neutralisation politique que votre égocentrisme partisan assure perpétuellement. Seul gagnant de ce jeu infernal, outre vous-même et votre gang : le Système que vous prétendiez pourfendre mais que votre stratégie « ni droite ni gauche », vous plaçant  hors de toute perspective gouvernementale, met à l’abri de toute menace populaire.

     Parce qu’ils ne savent faire qu’une seule chose, foncer et défoncer, les bulldozers s’abîment vite et je ne peux m’empêcher de songer à votre sujet au Parti communiste qui, en 1945, avait atteint près de 30 % de l’électorat et qui, après avoir égaré une bonne part de notre peuple dans les chimères du sectarisme, a laissé son appareil gagner par la rouille, comme les vieux bulls remisés dans les hangars de nos campagnes. L’âme des peuples et les incarnations qu’elle se donne tour à tour fait l’histoire, pas les machines, ni les partis. Tant mieux pour la France !

                                                               Paul-Marie Coûteaux

jeudi 23 octobre 2014

Lettre d'adieu aux membres du SIEL

Le Président

                                                                                                                        Le 15 octobre 2014

Chers amis,

          Nous voici à l’approche du congrès extraordinaire de notre mouvement dont, comme je l’ai annoncé dès le mois de juin, j’ai proposé à notre comité directeur de fixer la date au 25 octobre. Cette date ayant été avalisée, rendez-vous est donné à tous nos membres ce 25 à 13h30 dans nos locaux habituels de l’USIC : 18, rue de Varenne 75007 Paris.

            Depuis que les statuts de notre mouvement ont été déposés en janvier 2012, j’en assure la présidence, laquelle est fixée par nos statuts pour une durée de trois ans. J’ai exprimé à plusieurs reprises mon souhait de ne pas renouveler ce mandat, celui-ci ayant été pour moi fort lourd à porter en raison de désaccords multiples avec Marine Le Pen - désaccords qui portèrent principalement sur la stratégie politique; hélas, ce désaccord devint au fil de ces presque trois années un véritable conflit, pour éclater finalement au grand jour lors des municipales de mars, marquées par de multiples conflits dont nombre d'entre vous furent témoins, ou victimes ; le 9 avril, quelques jours après le second tour desdites municipales, je reçus une lettre personnelle de Marine le Pen m'informant que, me jugeant « incontrôlable » (sic), elle traiterait désormais des affaires du SIEL avec Karim Ouchikh, qu'elle rendit d'ailleurs destinataire en copie de ladite lettre. Celui-ci, dans sa hâte de me succéder sans plus de façons, la diffusa Urbi et orbi, se considérant dès lors comme président du SIEL, ne venant au comité directeur qui suivit le 12 avril que pour juger « surréaliste » le fait que je le présidais, excipant ce jour-là d'un chèque de 30 000 euros à lui adressé par le trésorier du FN (chèque représentant le premier tiers de la dotation publique annuelle transitant par ce parti) pour donner à entendre qu'il était désormais la seule autorité légitime. Devant ce fait étonnant, propre à jeter une ombre à la fois sur notre parti, sur le RBM pour peu qu'il se veuille réellement un « rassemblement », et sur l'image de Marine le Pen elle-même, je n’ai pas cru devoir quitter la présidence du SIEL pour ainsi dire sur un claquement de doigts; si j'eusse certes préféré déposer là le fardeau, je me le suis interdit pour de très évidentes raisons de dignité, celle de notre parti d’abord, la mienne propre ensuite. J'ai préféré rencontrer Marine le Pen, laquelle, m'assurant qu'elle était désolée que ce conflit fût porté sur la place publique, me proposa un rendez-vous le 23 avril; au cours de cet entretien, qui donna lieu à une explication franche mais cordiale, j'assurai la présidente du RBM que je quitterai la présidence du SIEL avant la fin de l'année, mais ne pourrais le faire que dans les formes requises et dans des conditions telles que le SIEL ne donnerait pas le sentiment, mortel pour lui, et contrariant pour le RBM, de n'être qu'un appendice du FN; de son côté, elle m'assura à deux reprises ne pas vouloir interférer dans les affaires du SIEL, ce dont je pris acte et qui était d'ailleurs mon objectif. Il n'est bon pour personne que, pour ainsi dire, le FN mette la main sur le SIEL.

Je décidai donc d’apaiser les tensions en faisant valoir à M. Karim Ouchikh qu’il était préférable, pour lui comme pour nous tous, que la présidence lui échût, le cas échéant, après une élection en due forme et organisée dans le calme, assurant que, pour ce faire, un congrès extraordinaire aurait lieu dans les six mois - d'où la date du 25 octobre. En troisième lieu, j’ai tenu au cours de ces six mois à exercer la plénitude de mon mandat, notamment en mettant en œuvre une campagne de recrutement par affiches, publipostage, courriers aux maires, et clips vidéo - campagne qui s'achèvera prochainement et qui déjà porte ses fruits avec de nombreuses adhésions nouvelles. En quittant la présidence du SIEL, j'ai la satisfaction de constater que le nom de notre parti est largement identifié, ce qui n'était pas assuré il y a trois ans.

Je remercie tous ceux qui en de très nombreux courriers reçus au fil de l’été dernier m’ont demandé de me porter de nouveau candidat ; mais, une fois pour toutes, je répète que je ne peux m’y résoudre, souhaitant ne pas différer le moment de revenir à mes travaux personnels. Je resterai membre du SIEL, par là du RBM, mettant à la disposition de qui le voudra les relations que je peux avoir avec telle ou telle personnalité avec qui j'entends poursuivre, sans contrainte ni commentaires suspicieux, aveugles et souvent débiles, des relations dont je persiste à penser qu'elles peuvent un jour servir le rassemblement national, tant il est vrai que, s'il fallait tôt ou tard réinsérer dans le champ politique un parti scandaleusement marginalisé, malgré ses millions d'électeurs, tâche à laquelle j'ai contribué de multiples façons, je n'ai jamais considéré pour autant que, les institutions de la Ve République étant ce qu'elles sont, ce parti, pas davantage qu'un autre, pourrait sans alliés accéder aux responsabilités gouvernementales, et encore moins les exercer seul. J'ai beaucoup de choses à écrire sur ce sujet, comme d'ailleurs sur bien d'autres.  

Le premier objet du congrès du 25 est donc de pourvoir à ma succession pour trois nouvelles années. J’aurai pour dernière satisfaction de constater que trois d’entre eux, tous personnalités de valeur, sont volontaires pour relever le gant et faire vivre le SIEL dans l’esprit dans lequel il fut fondé, c’est-à-dire l’union des patriotes en alliance avec le Front national sans pour autant se confondre avec lui. Vous trouverez sous ce pli, afin que vous les connaissiez mieux, la profession de foi de chacun des trois, que par souci d’impartialité je cite ici par ordre alphabétique : Luc Le Garsmeur, Richard Alain Marsaud de Labouygue, Catherine Rouvier.

J’aurais pour ma part souhaité que M. Karim Ouchikh puisse être candidat à cette élection, et que puisque celle-ci se déroule statutairement en deux tours, il puisse rassembler la majorité des suffrages pour me succéder dans les formes statutaires, ce à quoi sa fonction de président exécutif le destinait. Hélas, son comportement ces derniers mois, le fait que malgré de multiples rappels à l’ordre de ma part il n’a cessé d’enfreindre nos statuts avec une insolence telle qu’il s’est publiquement prévalu du simple fait que je ne saisisse pas la Justice pour poursuivre ses provocations, ont conduit plusieurs membres de notre bureau, réuni le 12 septembre dernier, à me reprocher mon inaction et à demander son exclusion. Celle-ci fut mise aux voix et adoptée par neuf voix contre une - c'est la majorité des quinze membres que compte notre bureau. Je précise que ce jour-là M. Karim Ouchikh a aggravé son cas en n’y assistant pas lui-même et en appelant par voie électronique ses partisans à le boycotter. Par esprit de conciliation, j’ai accepté cependant que cette décision fût suspendue au bénéfice d’une mission de bons offices que s’est proposée de remplir le lendemain notre vice-présidente Blandine Dejouy, mission qui obtint l'accord de M. Ouchikh lors du déjeuner organisé avec celle-ci et Christian Le Scornec. C'était bien l’ultime geste de conciliation que je pouvais faire. Hélas, Blandine Dejouy ayant finalement jeté l’éponge la semaine dernière, tandis que par ailleurs je recevais l’écho de nouvelles manœuvres de M Ouchikh, je me suis résolu à lui signifier par voie d’huissier la décision du bureau, ce qui rend évidemment impossible sa participation à quelque activité de notre mouvement que ce soit.

     Je me dois de donner quelques précisions sur ce sujet douloureux, et de répondre à la fois à ceux qui me reprochent d’avoir fait montre d’une trop grande mansuétude à l’égard de M. Ouchikh, comme à ceux qui, à l'inverse, me reprochent une trop grande sévérité - car c’est sur deux fronts que la voie médiane que j’ai tenté d’adopter est soumise aux critiques. Beaucoup m’ont demandé de sévir dès que Karim Ouchikh s’est autoproclamé président (usurpation qu’il a tenté dans un second temps de couvrir par l’organisation d’un congrès qui ne répondait à aucune des trois conditions que fixent nos statuts), et de sévir à tout le moins lorsqu’il a excipé du titre de président auprès d’organes de presse. Mais d’une part, il est délicat pour une petite formation comme la nôtre de porter de tels litiges devant les tribunaux, au risque de donner à l’affaire un retentissement disproportionné. D’autre part, la présidente du RBM, en se considérant comme fondée à désigner le président du seul parti qui soit le partenaire du FN, commettait une telle erreur que c’est l’idée même du RBM qui pouvait voler en éclats : deux bonnes raisons de tenter l’apaisement. Hélas, rien n’y fit. En juillet, Karim Ouchikh publiait un n° 16 de la Lettre du SIEL, dans lequel, contrefaisant un n° 16 déjà existant, il se prévalait de la qualité de Directeur de la publication; je suspendis alors ses délégations, ce dont il ne tient aucun compte; je l'avisais de cette suspension par lettre recommandée, mais il refusa de la retirer. En août, loin de profiter de l’apaisement estival et de préparer dans les formes sa candidature au congrès d’octobre, M. Ouchikh déposait en préfecture un pseudo-bureau. En septembre, il demanda aux membres de boycotter la réunion du comité directeur pour la simple raison que je l'avais convoqué (ce qui n'est que conforme à l'art. 14-3, al. 1 de nos statuts), auquel il ne consentit finalement à se rendre in extremis que par l'entremise de Blandine Dejouy ; dans le même temps,  rompant avec le contrat qui nous liait à la société Imaginis gestionnaire de notre site, il prit seul le contrôle de celui-ci, chose d'autant moins acceptable que débutait la campagne en vue de l'élection à la présidence et qu'il rompait le principe d'égalité entre candidats. Je passe sur les multiples échos de manœuvres aux termes desquelles M. Ouchikh faisait entrer par paquets des adhérents du FN pour s’assurer son élection en quelque sorte par "entrisme", et sur le fait regrettable qu'un membre du cabinet de Marine Le Pen faisait pression sur l’un de nos candidats afin qu’il retire sa candidature, le menaçant de cesser toute relation avec lui s'il ne le faisait pas. Je passe aussi sur de multiples incidents et sur les mauvaises manières faites à notre secrétaire comme à notre mandataire financier, au point que ceux-ci démissionnèrent, ne reprenant leurs fonctions qu’à la condition expresse de n’avoir plus à répondre aux consignes de M. Ouchikh. La liste des agissements est longue et nourrit un épais dossier (on compte 15 infractions à nos statuts !), dossier qui est entre les mains d’un avocat que j’ai dû commissionner, comme j’ai dû placer sous le contrôle d’un huissier toutes nos réunions - ce qui sera encore le cas le 25 octobre. Dans ces conditions, la décision du Bureau d’exclure M. Ouchikh est amplement explicable, et sa mise en œuvre inévitable.

     Une fois élu notre nouveau président, le congrès devra examiner plusieurs réformes statutaires, réformes que je crois utiles à la bonne marche de notre mouvement. Principalement, je crois qu'il faut transformer la fonction de « président exécutif » en une fonction de secrétaire général, laquelle est fâcheusement absente de nos statuts, mais qu'a exercée dans des conditions très délicates M. Patrick Pommier,  auquel je tiens d'autant plus à rendre ici hommage pour sa loyauté qu'il a dû démissionner le 7 septembre dernier en protestant contre ce qu'il a appelé des « manœuvres sécessionnistes », et que j'ai demandé à Christian Le Scornec d'assumer depuis lors à titre provisoire en attendant le choix que fera mon successeur. Ces réformes statutaires seront  soumises à vos appréciations et à vos votes le 25. 
   
        On voit l'importance de ce Congrès. Je demande à chacun de faire l’effort de s'y rendre ou de s’y faire représenter, en précisant que chaque présent pourra être porteur de deux pouvoirs valant procuration pour tous les scrutins ; si vous ne parvenez pas à trouver de récipiendaire qui soit sûr de se déplacer, veuillez-vous mettre en relation avec le candidat que vous aurez choisi - dans un souci d’impartialité, je ne reçois pour ma part aucune procuration. Je précise également que ne pourront participer à ce Congrès que les seuls membres à jour de cotisation et que la date limite pour recevoir les renouvellements d'adhésion est le 22 octobre. La réunion se tenant en présence d'un huissier assermenté, il nous faut lui donner l’avant-veille la liste complète des membres.

      Un dernier mot : ce n'est pas sans émotion que je quitte la présidence d'un mouvement qui m'a coûté d'innombrables efforts, un temps infini, et bien des désillusions, succédant à tant d'autres qui m'ont hélas confirmé que, serait-ce seulement en comparaison avec le Général de Gaulle dont la figure nourrit en moi une nostalgie que je crois créatrice mais exigeante, la France n'a pas aujourd'hui les serviteurs qu'elle mérite et qu'exigerait sa déplorable situation, quand même les meilleurs, du moins ceux que j'ai tour à tour servis, semblent incapables d'assumer la plénitude de son héritage, de ses promesses et de sa grandeur ; incapables aussi de comprendre le ressort des institutions de la Ve République qui est le rassemblement et qui suppose bien entendu le dépassement des partis. Du moins le SIEL est-il en ordre de marche. Il est connu, je l'ai dit ; ses finances sont en ordre; il peut s'enorgueillir  de rassembler dans ses rangs des personnalités de grande valeur, notamment un député français au Parlement européen et dix-huit conseillers municipaux. Bref, si sa route est encore longue dans sa tâche de rassemblement, je crois qu'il est sur la bonne voie, celle du RBM - lequel n'est encore qu'une esquisse, mais ne serait nullement un rassemblement sans le SIEL. Que sa vie, qui dépasse toutes les nôtres soit patiente et finalement victorieuse au service de notre patrie. Salus Patriae !

    J'adresse à chacun l'expression de mon amitié et de ma confiance rappelant à tous que « l'avenir dure longtemps... »


                                                                                                         Paul-Marie Coûteaux