Journal de Paul-Marie Coûteaux
Une certaine Idée de la France et du monde

La vertigineuse addition des délires du système des partis, de l'égotisme de notre bocal politique où se sont perdus, hélas, ceux qui ont tour à tour prétendu relever le drapeau, d'une longue suite de gouvernements nuls, de l'incurie de dirigeants qui n'ont de responsables que le nom et, par-dessus tout, de l'oubli par notre peuple de tout souci de lui-même, a créé autour de nous une situation certes douloureuse mais que la France a souvent connue : le chaos. Nous voici près de ce que Bainville appelait la "récurrente anarchie française", dont nous n'apercevons encore que les premiers prodromes. Ce n'est pas une raison pour croire que la France se meure. Qui connaît l'Histoire sait qu'elle en a vu d'autres, et que l'essentiel est toujours, et en dépit de tout, de faire vivre une idée de la France, et à travers elle une idée de la diversité et de la beauté du monde. Cette idée resurgira tôt ou tard : il suffit de la garder au coeur, de distinguer ce qui meurt et ce qui vit, de voir, de comprendre, de protéger la langue, et d'écrire. Voici la suite d'un journal que je tiens depuis 1992, dont j'ai déjà fait paraître des extraits dans un ouvrage, "Un petit séjour en France", ainsi que divers blogues-notes, "For intérieur" puis "Une certaine Idée"...

mercredi 3 décembre 2014

Vendredi 21 novembre deux mil quatorze, Paris.


Est-il si sûr que les Français ne veuillent pas disparaître ? C'est ici que le livre de l'ami Zemmour et son terrible titre, « Le Suicide français », prend tout son sens – sens ambigu et certes critiquable, puisqu'il faut s'habituer, en toute chose de la vie, à « espérer contre tout »... Mais un peuple qui ne trouve rien de mieux à donner à ses enfants que des cochonneries achetées en Chine, des distractions veules et des prénoms étrangers, un peuple pour qui Kevin n'a pas de meilleur concurrent que Kader, Jennifer Carla, Cindy et Rachida, un peuple qui croit ne pouvoir être ou « faire » moderne que s'il parle anglais à tout bout de champ, un peuple qui n'a pas de plus brûlante passion collective que les championnats de foute et qui plébiscite jour après jour, dans les programmes de télévision, les productions états-uniennes, un peuple qui supporte depuis trente ans une classe politique absolument nulle, pauvre petite classe frivole (je crois le mot « classe » approprié) qui ne fait, au grand ricanement et amusement de tous, que surnager sur cette océanique perdition, un peuple dont une notable partie n'accepte même plus le mot de peuple tandis que l'autre partie ne se soucie même plus du patrimoine qui seul fait un peuple inscrit dans l'Histoire, c'est-à-dire dans l'avenir, ce peuple-là ne veut pas, ne veut pas vraiment vivre. En tous les cas, il ne peut que se résigner à souffrir, souffrir dans une dimension dont, perdu dans ses fausses sécurités, la « Sécu », le plan d'épargne, la télé et la dernière chaudière haille-tec, il n'a pas encore l'idée, souffrir en grognant comme les bêtes qui sentent l'orage, se plaindre comme le font les malades ou les enfants, ou râler quelques dernières râleries comme un mourant voyant la fin proche. En somme, une fois lâché tout son être, il se contente, c'est hélas bien le mot, de n'être pas content : pendu qui  trouve que décidément la corde gratte un peu...

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